• INTERVIEW

C'est en fait l'extrait d'un débat-conférence dédié aux arts du feu, qui a eu lieu à Barcelone à l'été 2006.

Y participaient Mr Laurenzo Ghili, artisan-verrier aujourd'hui en retraite, Mr Koko Satwa, critique d'art, théoricien et galeriste à Kyoto, et moi-même.
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"Laurenzo Ghili : J'accueille des stagiaires depuis plus de 20 ans, et toi quand tu es arrivé tu as été le seul à me dire que tu t'étais pas sûr d'aimer le verre !

Vincent Clavel : Ah oui je me souviens.

L.G. : Dans la soirée, après le repas, tu m'as même demandé comment j'avais pu donner et consacrer autant de temps et d'énergie à une personne si dépensière, qu'il faut tellement de temps pour apprivoiser, et qui rapportait si peu...

V.C. : Oui, oui mais je ne parlais pas de Sylvia ! (Mme Ghili)

LG. : (rires) Non, non, j'avais bien compris que tu parlais du verre ! Je peux te dire aujourd'hui quand même, que ce soir-là j'ai eu du mal à m'endormir...

V.C. : Désolé, c'est vrai que j'ai été un peu direct. J'avais passé du temps chez un jeune céramiste et j'étais encore sous le choc des différences de pratiques avec nous les verriers.
Le travail du verre, du verre soufflé je précise, est une pratique des plus exigeantes : c'est long pour acquérir ne serait-ce que les gestes de base, le verre est un matériau sensible, facilement instable et/ou incompatible, la préchauffe d'un four dure entre deux et trois semaines, la conduite de la fusion n'est elle même pas toujours évidente pour obtenir un verre de qualité, les coûts de la maintenance d'un four sont devenus ces dernières années exorbitants avec l'augmentation du prix du gaz...

Koko Satwa : et je ne crois pas que cela va être de mieux en mieux...

V.C. : Non effectivement. Et une fois à température il faut produire et remplir l'arche, un vrai diktat !

K.S. : L'histoire nous rappelle qu'au tout début, les égyptiens se sont servi du verre pour faire de fausses pierres précieuses. Il a été toujours un luxe !

L.G. : C'est vrai que ces dernières années, j'ai des fois plus l'impression de travailler pour payer la note de gaz, que de faire des objets. Vivement la retraite ! mais c'est vrai ce que tu dis, quand même c'est un métier d'esclave ! (rires)

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"Tu as été le seul à me dire que tu t'étais pas sûr d'aimer le verre !"