V.C. : Tous les verriers en parlent de cette sacrée note de gaz, ils parlent souvent d'ailleurs que de ça, ou de leur fournisseurs de couleurs ou de réfractaires ! (rires)
Ces conditions font que le soufflage de verre exclue par exemple tout amateurisme, on ne pratique que très peu le verre soufflé comme un hobbie, ou dans des clubs. Ça réclame un engagement "total", pour s'en sortir, mais aussi pour progresser.

V.C. : On en a déjà parlé ensemble, mais il n'y a pas que ça. Le temps même de fabrication du verre à chaud, me parait bousculer le créateur.
J'étais surpris en discutant avec ce jeune céramiste, du temps qu'il pouvait consacré à la réflexion et au recul qui pouvait prendre sur une pièce. Hop ! un linge humide pour la recouvrir, et on revient demain avec un oeil plus frais. Pour une pièce en verre, il faut aller jusqu'au bout et d'une traite, on manque une réchauffe et ça casse ! et on ne voit que le lendemain matin ce que ça donne !

K.S. : Le tournage de la porcelaine tendrait à exiger un peu le même type de performance. Mais c'est vrai que le soufflage de verre est lié à l'instant, à une chorégraphie liée au temps et à l'habilité.

V.C. : Vous parlez de performance, c'est le terme exact. Du coup, vu les difficultés, les verriers tendent à être des héros, ou des martyres selon, c'est la même chose au fond, il y a toujours une notion d'extraordinaire et d'exception, c'est difficile à faire, et en plus les conditions sont dures, il fait chaud et en plus ça brûle ! alors on brode là-dessus : "la danse de feu, la magie de l'instant, fusion des éléments, Maîtres verriers, etc.".
L.G. : J'ai travaillé 15 ans en public, mon atelier était ouvert et on pouvait rentrer comme ça gratuitement. Mais j'ai arrêté quand un jour je comptais que je passais plus de temps à parler du verre, ou à le démontrer qu'à le travailler vraiment...Et là j'ai pu commencer à faire des choses différentes, je travaillais plus d'accord mais plus concentré, non ?


V.C. : T'étais en débardeur et en short moulant devant les gens ? (rires), moi pour une fête médiévale, j'ai soufflé en jupe, véridique ! (rires)

K.S. : Pas possible habillé en femme ? mais c'est pas possible ! (fou rires dans la salle)

V.C. : Ça devient un show, ou pour reprendre votre terme, une performance, comme en art contemporain, ou la forme finale, c'est le temps-même de la fabrication, et plus l'objet réalisé... La difficulté de cette pratique prend des fois le pas sur le résultat obtenu, et justifie même pas mal de chose : c'est beau parce que c'est dur à faire.

L.G. : C'est vrai, et qu'est-ce que tu veux, les gens après ils partent, non mais c'est vrai des fois il restent pas, ils croient qu'on est comédiens, non ? C'est pour cela peut-être que nous les italiens on est les plus forts, non ? (rires). Les gens ne regardent pas ou mal tes pièces...Alors moi j'ai arrêté, sans regret, et puis je suis comme ça plus tranquille dans mon atelier, non ?

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