K.S. : Pardon, je voulais revenir si je peux sur cette idée de séduction propre au verre. La porcelaine a aussi le même "problème", très blanche, très pure...Au Japon, on voit dans nos écoles de verre des jeunes virtuoses justement, comme quand nous étudions un art étranger. Mais je dirais qu'à nos yeux le verre reste trop bavard, trop brillant ; non, traditionnellement, nous ne sommes pas si sensibles que cela au verre. Nous sommes bien différents des italiens (rires).
L'âme japonaise aime les choses plus sourdes, plus silencieuses, dans l'ombre, le temps même de la découverte. C'est pour cela que nous sommes si sensibles au bois, à la céramique. Tu me parlais Vincent, l'autre jour de la notion de Wabi-sabi, l'attirance pour les choses simples, voir abîmées, avec les traces du temps, mais c'est pas possible pour le verre !






L.G. : Je ne connais rien de l'art japonais, on voit des choses comme vous dites dans les vielles pièces romaines, d'archéologie, quand le verre est abîmé par le temps. Il y a des techniques pour oxyder ou faire virer une couleur, ou mieux des techniques pour lustrer ou faire des effets polychromes. Mais on les utilise moins car c'est dangereux, ou on trouve plus les produits.

V.C. : Comme je disais, c'est beau parce que c'est dur à faire, c'est pénible, et ça coûte cher en gaz, mais ça brille ! des fois je trouve très difficile de regarder les pièces par elles-même, et j'ai déjà rencontré pas mal de gens qui m'avouaient presque gênés qu'il n'aimaient pas le verre...
Souffler du verre on l'a dit c'est dur, et je me demande bien souvent ou passe cette violence, cette âpreté, plus de trace de feu, de sueur, plus de trace de la chimie, de l'alchimie devrais-je dire, nécessaire au façonnage du moindre gobelet...
J'ai vu un jour en usine soufflé des verres à pieds magnifiques, destinés au restaurant de la tour Eiffel, SVP.
C'était un cristal d'une pureté incroyable, d'une grande beauté. Eh ben cette élégance naissait entre les mains d'un verrier alcoolique, grossier, dans des conditions d'usine, proche du chaos, moyenâgeuse ; je me serais cru dans tableau de Jérôme Bosch, sans blague !


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